Rencontre avec Christophe Daviau, domaine de Bablut (3/3)

Posté par oenos, le 30 mai 2010

« C’est quand même un beau métier… »

Christophe Daviau - Crédits photo : J.Budd

Oenos : Pour vous, c’est quoi être vigneron en 2010 ? Qu’est-ce qui a changé par rapport au métier tel qu’il était pratiqué avant ? (Même si on a finalement déjà commencé à répondre à la question)

Christophe Daviau : Je suis arrivé ici en 1989, je suis rentré la société de mon père et de mon oncle en 1993, je suis devenu le gérant en 1995 et l’unique actionnaire en 1999. C’est quoi être vigneron en 2010 ? D’abord c’est un métier, où si jamais il gèle on pleure… Les jours où il pleut pendant les vendanges, on se dit mais pourquoi j’ai voulu faire ce métier ! Et quand il fait grand beau temps, quand qu’on ramasse de la belle qualité, on se dit quand même que c’est un beau métier. Je pense que c’est un beau métier, car c’est un métier lié à la Nature donc à la Vie, et puis quelque part, comme le disais le regretté René Renou, notre ami disparu, ancien Président de l’INAO, le vin d’AOC, (ou du moins le vin « authentique ») : c’est la part de rêve. C’est de l’amour.

Quels vins produisez-vous ? Et quelles sont les proportions de cépages sur votre domaine ?

Pour avoir tous les vins en détail, vous pouvez aller sur le site internet du domaine. En encépagement, sur 50 ha, on a à peu près 50 % de Cabernet Franc, 25 % de Chenin Blanc, 15 % de Cabernet Sauvignon, 7-8 % de Grolleau noir, et puis Sauvignon et Chardonnay, qui doivent être à 2 % chacun à peu près. Donc priorité aux cépages autochtones, de tradition, c’est-à-dire les Cabernets avec ce que je vous expliquais sur l’Anjou noir, l’Anjou blanc, et le Chenin blanc, qui est quand même le Pineau d’Anjou. Donc les cépages autochtones, c’est près de 90 % du vignoble. Sachant que nous, nous n’avons que des Chenins plantés sur des terroirs en coteaux de l’Aubance. En ce qui concerne les Cabernets – mise à part 4 ha qui sont en Anjou simple – tout le reste est Anjou Villages Brissac, donc priorité, même si la liste du tarif est longue, aux Aubances et aux Brissac. Aubance sous sa façade liquoreuse, Coteaux de l’Aubance, et des Chenins en Anjou sec. Donc c’est à fond Chenins de coteaux, liquoreux ou secs, et Anjou Villages Brissac.

Sachant qu’en ce moment, au sein du syndicat, il y a un pourparler pour faire une hiérarchisation dans les blancs. C’est-à-dire que dans les Anjous blancs, il y a une différence entre l’Anjou blanc à 60hl/ha, avec 10 grammes de sucres résiduels, espèce de machin demi-sec, de moyen, pour les English qui part à l’exportation, le machin qui vaut 2 balles du litre, et ces Chenins, issus d’appellations souvent liquoreuses, type Layon ou Aubance, ramassés par tries pour faire des secs, un peu comme nous on fait notre cuvée Ordovicien. Donc comme il existe l’appellation Anjou Villages pour les rouges, le projet est de faire le distingo pour les visn blancs secs et riches. je serais plutôt partisan de faire une appellation de blanc de coteaux, c’est-à-dire que c’est le chenin sur des coteaux, c’est-à-dire en appellation liquoreuse coteaux, sur lequel on fait des secs, et qui porterait un nom spécifique.

Un genre de « coteaux de l’Anjou » ?

Oui voilà, je ne sais pas comment il s’appellera mais… En plus, autrefois, dans les vieux ouvrages, il faisait la différence entre le menu Pineau et le gros Pineau (Pineau d’Anjou = Chenin blanc), et aujourd’hui on retrouve sur les chenins blancs, des chenins à grosses grappes et des chenins à petites grappes. Et quand on dit que le Chenin ça fait tout, ce n’est pas vrai. On les appelle tous Chenins blancs, mais les Chenins avec lesquels on faisait les effervescents, les eaux de vie, parce que c’est aussi un vin qui a été réputé pour être un vin de chaudière. Donc il ya bien une différenciation entre les différentes grappes dans les vieux bouquins. J’ai un vieux bouquin d’ailleurs, c’est assez marrant car il dit « Le gros pineau, c’est planté dans les terrains les plus profonds pour les vins ordinaire. Et le menu pineau, c’est fait pour les coteaux, pour les grands vins liquoreux ». Donc déjà, ils avaient une différenciation entre le chenin pour les vins de coteaux et le chenin pour les vins ordinaires.

Vos vins ont été souvent récompensés, il y a une distinction dont vous soyez été assez fier ?

Non, non… Déjà, je ne mets aucune médaille, parce que je ne pense pas que ce soit le plus important, sauf sur ce que je vends aux cavistes et aux restaurants. C’est vendeur. Ce n’est pas parce qu’un vin n’est pas sorti qu’il n’a pas beaucoup de qualités et inversement, ce n’est pas parce qu’il sort que c’est le champion du monde.

Les plus belles récompenses, c’est 12 000 clients. Les gens qui viennent là, ils achètent du vin, qu’ils dépensent 15 euros ou 200 euros, ils quittent la cour en disant « Merci monsieur ! », et un an après, ils reviennent avec d’autres, et c’est ça la plus belle des récompenses.

Les médailles, ce n’est que dans un but de promotion. Ce n’est que commercial. Normalement, ce n’est là que pour guider l’indécis. Ce n’est là que pour guider en disant « D’autres qui l’ont aimé, donc je fais un choix qui ne peut pas être mauvais. » C’est courageux et dur de dire «J’aime», d’assumer ses goûts; alors que quand il y en a d’autres qui ont aimé, on se sent un peu épaulé. C’est pour ça que les gens ont souvent la critique facile, c’est facile de dire «J’aime pas», et en plus, ça fait savant. La personne qui dit « Hum, j’aime pas trop, ça fait ça, ça fait ça… », c’est idiot. Alors que celui qui dit « Non, moi j’aime bien. », c’est sûrement quelqu’un de plus trempé que l’autre, qui a plus de caractère.

Que diriez-vous à des personnes qui ne connaissent pas les vins de Loire pour leur donner envie de les découvrir?

De toute façon, ce que je n’aime pas, dans les vins de Loire comme ailleurs, c’est quand il n’y a pas de concordance entre le cépage et le terroir. Je n’aime pas le Merlot dans le Sud, le Sauvignon blanc d’Espagne, par contre la Grenache dans le Sud, j’adore ça, pareil pour la Syrah en Côtes du Rhône. Et les vins de Loire, si on parle des avantages par rapport aux autres régions, je pense que c’est une région sincère. Authentique. Je pense que c’est une très bonne région viticole, et qu’un jour ça montera. Il y a des fois où j’en ai un peu marre, quand on fait goûter aux gens nos vins, ils nous disent : « Ah, je ne savais pas que vous faisiez ce genre de vins dans cette région ! »… Toujours. Ça fait 20 ans que j’entends ça. J’en ai marre, j’ai envie de leur dire « Mais allez leur dire aux autres ! ». Au bout de 20 ans, je me dis un jour ou l’autre ça va arriver. Mais c’est une région où je suis quand même très content d’être né. Sinon j’adore l’ermitage, blanc et rouge.

Ah, c’est notre prochaine question, hors Loire, vous avez une appellation favorite ?

Toutes !

Et s’il n’y en avait qu’une ?

J’aime tous les Côtes du Rhône de la Vallée du Rhône septentrionale, la Syrah en rouge.

Quand est-ce que vous êtes tombés amoureux du vin ?

J’ai craché dessus jusqu’à 20 ans. Parce qu’il faut tuer le père, et qu’on m’avait sâoulé en disant « Ah, il est là le futur vigneron ! ». Alors au bout d’un moment, tu te dis « Non, hors de question ! ». Et puis un jour ça m’a pris, et maintenant je ne sais parler que de ça.

Quelle est la plus belle bouteille que vous ayez produite ?

Oh non, ce n’est pas facile ça… Tout le monde répond à ça ?

En théorie oui !

… A la limite, oui, j’en ai un, c’est un grains nobles 1999. Je suis très content de l’avoir réussi, c’est une année où mon intuition féminine a parlé. On sortait de 1997, qui avait été superbe ici, 1998 moyen, et, je ne sais pas pourquoi, en vendanges, en tries, je me suis dit « Il faut qu’on vendange, il faut qu’on vendange, la semaine prochaine, on finit ». Et trois jours après qu’on ait fini, c’était rideau de pluie jusqu’à mi-décembre. C’est pas forcément mieux parce qu’ils sont notés dans les revues comme étant des millésimes moyens, mais nous dans le Guide Hachette, trois étoiles, pour nos deux cuvées Noble et Grandpierre… Pureté de botrytis. C’était une année assez pure en botrytis. Et en plus je n’ai jamais fini mes vendanges aussi tôt que cette année là !

La meilleure bouteille que vous ayez bue ?

Pas une, mais trois. Trois fois où j’ai failli pleurer.

  • Hermitage blanc Gripa 1988, j’ai adoré ce vin,
  • Romanée Saint vivant 1991
  • A l’époque les appellations n’existaient pas, mais c’était un vin liquoreux d’Anjou de 1885, que j’ai dégusté en 2005, quand il avait 120 ans

Le choix du vigneron

Identité : 100 % Cabernet Sauvignon, les vignes poussent sur des schistes ardoisiers et de grés armoricains de l’Anjou noir. Vin rouge issu de raisins récoltés très mûrs. Macération pendant 45 jours, et élevage de 18 mois.

En trois mots : Riche – Profond – Puissant

Accord mets-vins : Fromage et viandes.

Dégustation et garde : 16-17 °C, garde entre 8 et 15 ans.

Nous remercions Christophe Daviau de nous avoir accordé cette interview. Nous avons bu ses paroles avec le même plaisir que ses vins.

Pour le contacter ou vous rendre au domaine :

Domaine de Bablut – Christophe Daviau
49320 Brissac-Quincé – Tél. 02 41 91 22 59

http://www.vignobles-daviau.fr/
daviau.contact@wanadoo.fr

Lire précédent

Mots-clés :, ,

Vous pouvez laisser un commentaire.

Commenter