Rencontre avec Wendy Paillé et Jo Pithon, Domaine Pithon-Paillé (2/2)

Posté par oenos, le 23 novembre 2010

Pouvez-vous nous présenter vos vins ?

Wendy Paillé : Nous faisons quatre vins blancs secs : un Anjou blanc, que l’on appelle «Mozaik », parce qu’on fait l’assemblage de deux terroirs différents, moitié schiste, moitié calcaire ; on a un Anjou « La Fresnaye », on a un « Coteau des Treilles », c’est un coteau magnifique, un terroir superbe ; nous avons aussi un Savennières. En rouge, nous Avons aussi un « Mozaik », en Chinon, deux Bourgueils, Coteau et Gravier.

Sur les étiquettes, s’il y a un bateau, cela signifie que c’est issu du négoce. Les autres dessins signifient que ce sont nos propres vignes,  comme pour « la Fresnaye » ou le « Coteau des Treilles ». Les dessins sont faits sur le modèle des vitraux.

Sur l’Anjou blanc «Mozaik », à la mise en bouteille, nous avons fait moitié bouchons, moitié capsules à vis.

Et les bouteilles avec les capsules à vis sont-elles destinées à la France ou juste à l’export ?

Wendy Paillé : Juste de l’export, je crois qu’en France on n’est pas prêt, mais on veut essayer. On a déjà essayé avec les échantillons, c’est vraiment très pratique, mais je crois que la France n’est pas encore prête. Donc sur cet Anjou blanc, on fait l’assemblage de deux terroirs différents, moitié schiste, moitié calcaire. Nous faisons du vin bio, et nous essayons aussi de faire du vin le plus naturel possible. Nous ajoutons un tout petit peu de soufre à la mise en bouteille, parce qu’on exporte, et qu’il faut garder le vin stable. Mais on ne met jamais de sucre, jamais de levures, et on vinifie en barriques. Pour le « Mozaik », on utilise moitié barriques, moitié foudres (fûts géants, de 60 hl) en bois aussi. Plusieurs fois, on n’utilisait pas de barriques neuves, parce qu’on ne veut pas garder le goût de barriques, mais on utilisait ça pour la micro oxygénation.  Par exemple pour le « Coteau des Treilles », on n’utilise que 10 % de barriques neuves.

Nous avons aussi un Savennières : tout en schiste, sur à peu près 60 cm de sable et après c’est du schiste. On utilise aussi ici un peu de barriques neuves. 2000 c’est une très bonne année, au niveau volumineux, au niveau qualité, c’était vraiment bien. Ça n’était pas trop chaud, comme cette année au vu deux-trois semaines très chaudes.

En rouge, l’Anjou « Mozaik » : moitié calcaire, moitié schiste. Ce n’est pas léger. En 2009, on l’a mis en bouteille depuis un mois, donc à carafer. Nous avons un Chinon : vieilles vignes, 80 ans, seule cuvée non-bio. C’est la dernière année que l’on fait appel à ce vigneron parce que l’on veut tout en bio, mais avec des vignes de 80 ans, les vignes s’enracinent vraiment très profond. Ce vigneron travaille très bien le sol. C’est léger, c’est fruit. Puis nous avons aussi un Bourgueil.

La grappe ici vient du Clos des Bois. La première fois que j’ai vu le botrytis et que j’ai vu qu’il fallait manger ça, j’ai dit  » Oh non ! c’est de la moisissure, je ne veux pas !  » Et après, j’ai goûté…

En Afrique du Sud, vous avez aussi des vins blancs liquoreux ?

Wendy Paillé : Oui, mais pas encore avec le botrytis. Les domaines ne sont pas encore prêts pour faire ça.

Que produisez-vous ici en liquoreux ?

Wendy Paillé : Nous avons le Coteau du Layon « Quatre Vents », assemblages de nos vignes sur plusieurs terroirs. On a quatre villages où on a du Coteau du Layon : Saint Lambert, Saint Aubin, Beaulieu et Rochefort. Un bon vin liquoreux pour moi, c’est sucré mais pas lourd de sucre, il faut qu’il y ait toujours une acidité vivante sur la fin. Je sais que c’est typique de le mettre avec un foie gras ou une crème brûlée mais avec un roquefort, c’est super !

Nous avons aussi du Quart de Chaume, issu d’une petite parcelle d’un demi-hectare, un beau terroir, avec des schistes, plantés en 1930, donc c’est très très vieux. Pour 2009, on en a fait que 100 litres, c’est tout. Cette année, c’est une bonne année pour le botrytis.

Ensuite nous avons Bellagus, le Coteau du Layon qui vient des Treilles, et on l’a nommé Bellagus, parce que c’est un petit papillon bleu, qui est protégé dans le Coteau.

Jo Pithon : C’est un papillon qui ne pond que sur une fleur, qui s’appelle l’hypocrépis, et il n’y en a que sur les terroirs calcaires, donc pas par ici. Sauf sur un bout du coteau, où il y a du calcaire, et donc la fleur est là. Donc les papillons viennent là, et les cousins les plus proches sont à 50 km, mais ils sont un tout petit peu différents.

Wendy, vous souvenez-vous du premier vin de Loire que vous ayez bu ?

Wendy Paillé : C’était un Sancerre, c’était aux Etats-Unis, c’est Joseph qui me l’a fait découvrir, dans une cave, je me suis dit qu’est-ce que c’est ? Du Sauvignon blanc ? Ah ok, je connaissais le Sauvignon blanc parce qu’on fait aussi du Sauvignon blanc en Afrique du Sud. Et là je goûte – c’était un Alphonse Mellot – c’était énorme, quelque chose que je n’avais encore jamais goûté dans ma vie ! I love it !

Pour vous, qu’est-ce qui a changé dans le métier de vigneron? Qu’est-ce qu’être vigneron en 2010?

Jo Pithon : Tout a changé dans le métier de vigneron comme dans la vie en générale, il y a autant de façons d’être vigneron que de vignerons, et tant mieux.
Ce qui est important c’est de faire suivant ses sensations, ses envies, sa culture, son histoire, ses folies… Surtout ne pas suivre de schémas, de gourous ou de chappelles que ce soit en bio ou pas, peut-être encore plus en bio.
Apprendre des autres mais ne pas copier. Gourmandise et curiosité.


Que diriez-vous à des personnes qui ne connaissent pas les vins de Loire pour leur donner envie de les découvrir?

Jo Pithon : Élégance, fraicheur, buvabilité mais en même temps terroir exceptionnel,  grande garde…
et c’est pas encore à la mode, profitez-en !

Quand est-ce que vous êtes tombés amoureux du vin ?

Jo Pithon : J’ai été baptisé au Coteau du Layon, je suis né amoureux.

Vous souvenez-vous d’un de vos millésimes dont vous ayez été particulièrement fier de produire?

Jo Pithon : Le prochain! Pour les vins secs, le 2002, c’est le premier millésime ou les vins correspondaient à l’idée que je me faisais d’un vin sec d’Anjou. J’essaie de faire ce qui devrait être un « grand classique » pour les moelleux, 1992 était un millésime très difficile et on a fait un vin vraiment correct.

Vous souvenez-vous de la meilleure bouteille que vous ayez bue? Et votre dernier coup de cœur dégusté?

Jo Pithon : Non, trop de très bonnes bouteilles bues et ça doit agir sur la mémoire !
Mais j’ai un souvenir récent d’un Bonnezeaux 1943 du père de René Renou, pas de chaptalisation en 43, le sucre était plus cher que le vin. C’était un moelleux pas hyper concentré mais d’une finesse et d’une complexité…

Merci à Wendy et à Jo pour ce moment, et merci particulièrement à Wendy pour la ballade dans le coteau (vraiment très très pentu) des Treilles. Isabelle et Jo PIthon seront présents au domaine pour leurs portes ouvertes, et Wendy et Joseph seront présents au salon des Anges Vins

Pour vous rendre au domaine : Pithon – Paillé, 19 rue St Vincent, 49750 St Lambert du Lattay, Tel. : +33 02 41 78 68 74.

Et pour finir, quelques clichés pris par Pauline Boët, du blog http://eyeswineopen.wordpress.com/, dont je vous recommande la lecture (après les 5 du vin, la carte des 5 vins!) et grâce à qui j’ai pu réaliser cette rencontre. Et bravo Pauline pour ces photos…

 

Lire précédent

Mots-clés :

Vous pouvez laisser un commentaire.

2 Commentaires pour l'article “Rencontre avec Wendy Paillé et Jo Pithon, Domaine Pithon-Paillé (2/2)”

  1. Bebert :

    Merci pour ce beau reportage qui met en exergue un vigneron qui le mérite.

  2. Eva :

    De rien, ce fut un vrai plaisir de passer ce moment en leur compagnie et de vous le faire partager.

Commenter