Sébastien Fleuret

Posté par Eva ROBINEAU, le 22 août 2011

Aujourd’hui, un micro-vigneron vient nous présenter son micro-domaine, pour lequel il n’a pour l’instant qu’une micro-production. Heureusement pour lui, ses vins n’ont pas un micro-goût, alors go !


  • Oenos : Pourriez-vous nous présenter votre domaine?

Sébastien Fleuret : Merde on se vouvoie maintenant ????

(nan mais oui, on fait genre sérieux)

Bon mon domaine c’est micro, c’est à dire tout petit : 1.3 hectares sur deux parcelles. je ne veux pas plus grand pour l’instant car j’ai encore un travail à plein temps à côté. dans le futur j’aimerais grossir un peu mais pas trop !

Le chai c’est une sous location chez Christophe Gallienne où on est 3 à partager le chai. C’est bien on est serrés on se tient chaud !

  • Oenos : Comment êtes-vous tombés dans le vin?

Sébastien Fleuret : Comme tout français je suis acculturé ! Bon okay au début j’ai bu de l’AOC, de l’étiquette, comme tout le monde. Puis sous l’influence d’amis restaurateurs et d’autres amis épicuriens, j’ai découvert le vin naturel. le déclic ça a été une rencontre avec Didier Chaffardon lors d’une soirée au restaurant « Les Tonnelles » à Béhuard. On a passé des heures à discuter et à boire. la semaine suivante j’étais dans son chai pour le regarder travailler, 2 semaines après j’étais dans ses vignes et puis à force de traîner dans ses pattes j’ai fini par me lancer. D’abord j’ai vendu le vin des autres en organisant des dégustations à domicile, ça s’appelait « allez les verres » ! Aujourd’hui c’est devenu une association locale avec des amis et d’anciens clients, on continue à s’organiser des dégustations et à passer des commandes groupées. Avec allez les verres j’ai rencontré plein de vignerons, j’ai commencé à arpenter les salons, … certains me connaissent plus sous ce nom d’allez les verres d’ailleurs plutôt que comme vigneron ! Ensuite l’envie m’a pris de mettre les mains dans la terre et de produire moi même, sur une petite parcelle d’abord, à Savennières. Là avec Didier on a produit une cuvée ensemble, « la petite graine » en 2009. Dans le même temps je me suis formé au lycée viticole d’Amboise. En 2010 j’ai acheté une parcelle, et zou plein d’inconscience j’ai démarré l’aventure et depuis je prends les choses au fur et à mesure qu’elles arrivent. Et la plupart du temps ce sont de belles choses qui m’arrivent même si les efforts à fournir sont intenses.

  • Oenos : Sur quels types de terroir se situent vos différentes parcelles?

Sébastien Fleuret : j’ai une parcelle d’un hectare plantée en cabernet franc et chenin à Beaulieu sur Layon sur des schistes (une ancienne carrière) qui m’emm… un peu car j’ai vraiment des gros cailloux qui limitent le nombre d’outils que je peux utiliser pour travailler mes sols. la contre partie c’est une belle complexité et une profondeur potentielle quand le travail que j’y fais depuis 2 ans portera vraiment ses fruits (c’est long d’explorer un terroir en profondeur). La parcelle est orientée sud et elle est très précoces ce que je considère plutôt comme un atout. J’ai aussi une petite parcelle de 30 ares de chenin à Rochefort sur Loire sur des argiles assez (trop) peu complexes

  • Oenos : Le choix du type de viticulture s’est-il fait dès le début?

Sébastien Fleuret : Ahh oui ! ma première démarche a été la certification AB ! Mais je ne l’affiche pas car ça m’emmerde qu’on réduise le vin bio à un label. Moi je ne fais pas du bio pour un label commercial, je fais ça parce que j’ai pas envie de mettre des produits qui tuent les sols dans ma parcelle. J’ai pas envie de nuire à la biodiversité non plus. Et puis j’ai des mômes, et je suis déjà suffisamment triste de l’état dans lequel on leur laisse la planète donc j’essaie à mon niveau de ne pas trop aggraver les choses (je fais certainement des conneries quand même mais à mon corps défendant, je ne m’en rends pas compte !!!). Côté vinif, sans être adhérent de l’AVN (faut être parrainé et j’ai pas de parrain) je respecte leur charte car je la trouve intelligente.

  • Oenos : Pourriez-vous nous présenter vos vins?

Sébastien Fleuret : Je produis trois cuvées pour lesquelles je ne revendique pas les AOC car ça ne m’intéresse pas d’essayer d’avoir une « typicité » globale à une aire d’appellation. Je préfère faire un vin de vigneron d’une part. Et d’autre part je considère que ma parcelle et celle en bas du talus donnent des choses bien différentes pour une même AOC. Donc ça n’a pas grand sens et comme c’est chiant en paperasse, j’ai joué les fainéants. certains m’ont dit que j’avais tort, que je ne respectais pas le travail des anciens qui se sont battus pour développer les AOC… Mouais…

Bon pour en revenir à mes vins :

- Léon, le rouge est issu d’une macération grappes entières de 24 jours sur du cabernet franc. J’ai vinifié les jus de goutte en barriques (des vieilles mémères de 8 ans récupérées chez les frangins Puzelat) et les jus de presse ont été vinifiés en cuve. C’est un vin peu boisé et très fruité avec un nez que j’adore. En bouche on retrouve les caractéristiques variétales du cabernet franc. Il titre 14 ° mais on ne le sent pas car la fraîcheur du fruit domine et car la macération grappes entières a donné une très légère amertume qui, associée à une pointe d’acidité donne une trame légère mais solide au vin. Il est sans sulfites ajoutés, sans collage ni filtration.

- Sitting bulles, sous titré « pétillant à peaux rouges » est également issu du cabernet Franc, récolté le même jour (donc bien mûr ce qui est assez rare pour un pétillant naturel). En fait j’étais parti pour ne faire que du rouge. mais l’inconvénient d’être un micro-vigneron dans un micro chai c’est qu’on n’est pas sur-équipés. Donc le jour des vendanges le moment est arrivé où ma cuve de macération s’est trouvée pleine à ras-bord et j’avais encore du raisin à rentrer. j’ai donc tout mis dans le pressoir pour faire du rosé. Et le temps du pressurage l’idée d’un pétillant m’est venue, j’ai trouvé le nom et voilà, c’était lancé. C’est donc un pet’ nat c’est à dire qu’à un certain stade de fermentation on met en bouteille et que c’est la fin des fermentations qui produit les bulles. Ensuite on dégorge et le tour est joué ! Au goût c’est assez marrant, pendant la cuvaison ça goûtait la fraise tagada, maintenant on dirait de la grenadine et pourtant à l’analyse il n’y a pas de sucre résiduel. Il contient 2 g de sulfites ajoutés /hectolitre, c’est tout.

- Refaire le Monde c’est mon blanc sec, du chenin. J’aime pas le sucre alors j’ai beau être en AOC Côteaux du Layon, je fais plutôt des vins secs sans attendre les vendanges tardives. j’avais pensé appeler ça le « trop tôt du layon » à un moment. mais ça ne colle pas car à l’inverse je fais des élevages longs. Mon blanc n’est pas encore prêt à l’heure qu’il est et je pense que je vais l’attendre jusqu’en mars au moins. Ce vin se présente comme une quille à ouvrir avec des potes au début d’une conversation ardue durant laquelle il va falloir fourbir ses arguments. C’est conçu comme un produit de dopage pour entretenir la mauvaise foi de copains attablés pour refaire le monde. la musique à écouter avec c’est incontestablement « radio birdman » (je crois que je suis le seul vigneron au monde à proposer des accords musique-vin !!! sacrée exclusivité non ?) Là aussi très peu de sulfites (2 g/hl ajoutés uniquement)

  • Oenos : Et donc, le 3 septembre, c’est Portes Ouvertes ?

Sébastien Fleuret : Et oui, avec Christophe Gallienne et Thomas Boutin, les deux autres gaillards qui partagent le chai, on va faire déguster nos productions à « la Papinerie » à Rochefort sur Loire. Faut bien qu’on se mette à 3 pour faire du volume et encore, à nous 3 on fait à peine 5 hectares !!! Le 3 septembre on prévoit quelques animations autour du chai, des contes pour enfants, des concerts le soir. En soirée on ferme le chai, on allume le BBQ et chacun apporte ses grillades et son pic nic pour un bon moment convivial (et pour boire les quilles achetées l’après midi !!!!)

  • Oenos : Un coup de gueule, un coup de cœur?

Sébastien Fleuret : Des coups de gueule j’en pousse des dizaines par jour, je suis un écorché ! mais c’est assez personnel et vu que le vin m’apporte surtout des joies et de belles rencontres, j’ai envie de ne partager que les coups de cœur et j’ai pas envie de donner plus d’importance qu’ils n’en méritent aux mauvais coucheurs. Donc je les passe sous silence. Si des gens sont intéressés par un coup de gueule, ils prennent un paire de godillots et ils viennent passer une journée avec moi dans les vignes à piocher des ronces et là ils vont en avoir pour leur argent en gueulantes !!!!

Côté coup de coeur y’en a des masses ! Les deux plus importants c’est Didier Chaffardon et Christophe Gallienne qui m’ont vraiment soutenu au delà de ce que j’aurais pu espérer et qui continuent à le faire. Mais y’en a d’autres, y’a les potes qui viennent souvent me filer un coup de main pour planter des pieux, pour ébourgeonner, pour effeuiller pour vendanger,… Et puis il y a de belles rencontres avec des vignerons (et vigneronnes) avec leurs vins, … Si je commence à dresser la liste on ne va plus s’en sortir et si j’en oublie un je vais m’en vouloir… Alors je ne vais en citer qu’un : le Clos Fantine à Faugères. c’est vraiment mon vin préféré !

Oui, ce Faugères,  goûté il y a peu, s’ouvre après un bon carafage… J’approuve !

Merci à Sébastien pour ses non-micro-réponses, je vous encourage à vous rendre à ses Portes Ouvertes le 3 septembre prochain, à la Papinerie, à Rochefort-sur-Loire, Chemin de la Papinerie (dernière bâtisse sur la gauche avant d’arriver au moulin de Chauvigné) en suivant les panneaux « Christophe Gallienne ». Bonne dégustation !

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9 Commentaires pour l'article “Sébastien Fleuret”

  1. Le bon vin, ça Fleuret en Anjou. | Oenos :

    [...] Sébastien Fleuret [...]

  2. Allez les verres ! | Oenos :

    [...] « Allez les verres », une étiquette un peu spéciale sur un très bon vin de Sébastien Fleuret, qui m’avait fait ce gentil [...]

  3. DUROCHER :

    Découverte des vins de Sébastien à un midi dans les vignes resto-cave très sympa à Rennes; des vins de caractère très séduisants et très complexes;très beaux chenin et cabernet franc à prix sage;bravo.

  4. En joue connection – 17 et 18 décembre, Champ sur Layon (49) | Oenos :

    [...] au fait, pourquoi un salon? Sébastien Fleuret, que je vous ai déjà présenté ici, a bien voulu nous éclairer un peu. Alors, pourquoi un [...]

  5. Trash-test : Refaire le monde 5***** | Oenos :

    [...] tiens ici à préciser que le vigneron n’est en aucun cas lié à cette expérience (donc à ma [...]

  6. Chenins à chouchouter | Oenos :

    [...] jeune domaine, ex-Pierres Sèches récemment renommé Roches Sèches (merci Sébastien pour la précision), ses cuvées sont à suivre de très près. La cuvée le Pont Bourceau en [...]

  7. Divin jeux de mots | Ces Mots Passants :

    [...]   Sitting bulles (Eva Robineau/Oenos) [...]

  8. Des bulles de la Loire en passant par la Suéde « Cuisine et sentiments :

    [...] Le Sitting bulles (Le pétillant à peau rouge) de Sébastien Fleuret [...]

  9. Rosés de piscine | Oenos :

    [...] vous ai déjà parlé de ce vin, de son géniteur aussi. Mais être un micro-vigneron, ça ne permet pas d’avoir des stocks inépuisables, [...]

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