Vendredis du vin #45: Callcut, l’artiste

Posté par Eva ROBINEAU, le 28 avril 2012

Vendredi du vin artistique pour la présidente toute jeune blogueuse Véronique, du domaine du Mas Coris. De l’art certes, mais dans le vin, il faut se creuser un peu les méninges. Allons-y d’art-d’art (blague honteusement piquée au programme court de France2)

Vin d’artiste ou vin artistique? Les deux, mon général. En la présence d’Eric Callcut. Enfin, de ses vins, parce que lui, c’est une autre histoire… Personne ne sait vraiment ce qu’il est devenu, ni où il est et ce qu’il fait précisément. Une légende et ses fantasmes se sont construits autour ce personnage mystérieux. Restent ses vins, rares.

Jérémy a eu la gentillesse d’ouvrir avec nous plusieurs de ses quilles introuvables, ainsi que celles de ses successeurs. La première fois, c’est Guillaume, fan inconditionnel des vins de Callcut, qui me l’a fait découvrir. Nous en avons rebu ensuite chez Pierre Jancou.

Ce soir-là nous avons pu découvrir Clos du Giron 1996 et 1997 et Paradis 1998 (crédits photo Guillaume) :

Eric CallcutEric Callcut

1997. A cette époque, je me contentais encore d’un diabolo citron en ignorant tout du vin et de ce Callcut qui habitait à quelques kilomètres de chez moi.

Mais en vrai ça donne quoi? Des vins hors du temps. D’une autre planète aussi, oscillant entre une longue, persistante et très vivante acidité et une amertume et une oxydation déroutantes. La première fois, ça ne laisse pas indifférent, ça nous trouble autant que la robe du vin, mais on y revient. C’est tellement intriguant.

Ces vins sont des merveilles d’acidité, à tel point qu’on en vient à se demander si c’était buvable à l’époque. Par buvable, je veux dire, pas trop acide pour être apprécié. Et comme certains artistes, je me demande si Callcut était compris à son époque. Je me demande comment étaient perçus le personnage et ses vins. Complètement marginaux? Sans doute.

Mais ses vins nous offrent un formidable voyage, dans le temps, l’espace. Des vins fragiles mais puissants, qu’on ne saurait dater ni localiser (à moins de vous appeler Guillaume ou Jérémy). Des vins qui nous emmènent au-delà des goûts traditionnels et conventionnels, qui nous poussent hors des sentiers battus. Comme l’art.

Eric Callcut

Et comme l’art, il y a une nouvelle vague. Ici, elle est superbement représentée par Stéphane Bernaudeau qui a repris une des parcelles de Callcut. Et sa cuvée « Les Nourrissons » en est la digne représentante. J’oublie précieusement les miennes dans ma cave pour ne pas les ouvrir trop tôt. Mais Jérémy nous a permis de goûter les Nourrissons en 2004. Wha-ou quoi ! Une pureté et une finesse du chenin… Extraordinaires. Une tension élégante, une minéralité exacerbée, une grande claque dans ta face. Et dire que le vigneron se montre si dur avec ses propres vins… Il n’a à rougir devant personne. « Les Nourrissons » se portent plus que bien. Et on s’incline bien bas devant eux…

Les Nourrissons 2004, Stéphane Bernaudeau

Je conclue cette parenthèse artistique en citant Christian Authier, dans son essai consacré à Callcut, « Boire pour se souvenir » (merci Guillaume!) qui, en quelques mots, résume tout à fait ce que je viens de dire:

« Les vins d’Eric Callcut dévient de la norme, de la médiocrité, de l’uniformisation. Dans leur robe dorée et trouble, ils sont sauvages, irréductibles, suprenants, subtils, fragiles, émouvants, francs, inattendus, naturels, artistes. Ils ne sont pas de leur époque. »

Chapeau l’artiste !

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6 Commentaires pour l'article “Vendredis du vin #45: Callcut, l’artiste”

  1. PhilR :

    Joli… On en trouve encore?!…

  2. Le long résumé des Vendredis du Vin d’avril ” de l’art ou du cochon ?” | mascoris :

    [...] rejoins ensuite Eva sur son célèbre blog http://www.oenos.net/2012/04/vendredis-du-vin-45-callcut-lartiste/ Elle nous propose un vigneron tout-en-un, Callcut, artiste dans tous les sens du terme, allant [...]

  3. Eva ROBINEAU :

    On en trouve chez des collectionneurs surtout…

  4. jérôme :

    éric doit travailler des vignes en Israël désormais, si je ne me trompe pas. Ce cuvée travailler un peu dans l’esprit jurassien. UN PERSONNAGE, aperçu il y a 2 ou 3 ans au Salon des Vins de Loire

  5. Chenins à chouchouter | Oenos :

    [...] quand on constate que le chenin, mis au frais quelques années, peut donner des choses fabuleuses (les Nourrissons de Bernaudeau en 2004, c’était juste magnifique!). Mais parfois, la soif de cette tension et de cette [...]

  6. Tronches de vin, où s’le procurer, où s’le faire dédicacer? | Oenos :

    [...] Rutz-Rudel, Domaine Lisson, que c’est très bon, Eric Callcut, vigneron picrate et sa « Banlieue Bible« , Raphaël Gonzales, Clos des Cîmes, vins elfiques [...]

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