Les mots du vin #5: certitudes

Posté par Eva ROBINEAU, le 19 juin 2012

Les certitudes, c’est fait pour être balayées. D’un grand coup parfois. Surtout dans le monde du vin.

Dans le monde du vin, les certitudes sont légions. Même en essayant de s’ouvrir à plusieurs types de vin, on arrive forcément au bout d’un moment à être blindé de certitudes. Mais l’avantage du monde du vin est aussi qu’il peut en un instant, en un verre, les faire voler en éclats. Et qu’il nous remet à notre place, nous, simples dégustateurs.

Pour cela, la dégustation à l’aveugle est assez révélatrice. Mais cela est encore plus flagrant lorsqu’on sait de qui vient le vin. Et qu’on se prend une énorme baffe.

Cela a par exemple été le cas pour moi vis-à-vis des vins d’un vigneron, Benoît Courault. Je vous l’avais raconté lorsque pour Noël, j’avais débouché une bouteille de la cuvée Les Guinechiens 2010 de ce vigneron. Avant cela, j’avais eu l’occasion à de multiples reprises de déguster ses vins. Sans être conquise par aucun. Parce que cela ne correspondait pas à mes goûts, j’avais l’impression de passer à côté tout le temps. J’avais laissé tomber. Jusqu’au salon des Anges Vins de novembre dernier où nous avons été bien sages de suivre quelques amateurs très éclairés. « Courrez chez Courault », qu’ils disaient. Mouais, je connais, j’aime pas.

JE CONNAIS. La formule qui tue. Je connais donc je n’ai rien apprendre.

Certitude de connaître les vins qu’il faisait et certitude de ne pas les aimer qui ont failli nous faire passer à côté de merveilleux canons. Car sur ce salon, avec ce millésime, Benoît Courault m’a bluffé. Ses blancs étaient nets et précis, ses rouges charmeurs et soyeux. Pas grand chose à redire si ce n’est qu’un carton de 12, c’est lourd. Histoire de chipoter un peu…

Rose à lies - Lise et Bertrand Jousset

Certitudes qui ont volé en éclat aussi devant une bouteille de Rose à lies, de Lise et Bertrand Jousset. J’avais déjà goûté cette cuvée sans être franchement conquise. Bof quoi. Et donc certitude de goûter la même chose et de ne pas aimer quand le boss de la Quincave, nous en ouvre une. « Vous allez voir, ça, c’est excellent! » Mouais, je connais, j’aime pas.

Sauf que. J’ai quand même goûté.

Mince. En fait, c’est super bon ! Du fruit, des belles bulles, un vin tout en finesse et en gourmandise, un vrai piège à filles (copyright le domaine des Capriades). Fred nous a précisé que cette année, la différence était dans le débourbage, chose qu’ils ne pratiquaient pas auparavant apparemment. La différence vient peut-être de là. En tout cas, c’est excellent et ça appelle un autre verre avec des copains sur la terrasse d’un café ou au bord d’une piscine en été.

Chaque canon ouvert peut être une surprise, surtout s’il l’est avec des a priori négatifs. Nos certitudes peuvent voler en éclat en un verre, un vigneron peut nous conquérir en un millésime. Il peut nous décevoir aussi et faire basculer nos certitudes du côté obscur de la force. Mais quand on voit ses à priori négatifs éclater d’un seul coup, on se dit que mince, on a quand même été un peu con.

Mais il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis…

Conclusion? Ne jamais dire « Fontaine, je ne boirais jamais de ton eau. »? Ne jamais dire non plus « Vigneron, je ne boirais jamais de ton vin. »

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6 Commentaires pour l'article “Les mots du vin #5: certitudes”

  1. Vin de Presse :

    Très juste ton article Eva. C’est finalement, ce qui nous plait face au vin, lorsque l’on débouche une bouteille et que l’on est dans l’attente de savoir ce qui va en ressortir. Et j’espère que ton article qui remet le dégustateur (éclairé ou non) à sa juste place, incitera certains à goûter de nouveau des domaines qu’ils n’ont pas appréciés.

  2. Julie :

    Je suis tout à fait d’accord avec toi, heureusement le monde du vin, c’est une évolution permanente, avec un peu de chance vers le mieux. C’est appréciable de voir ce genre d’articles, qui montre qu’en effet on peut ne pas avoir aimé, mais qu’avec évolution de la part du vigneron, cela vaut toujours la peine de re-goûter, que ce soit pour confirmer ou infirmer son jugement.

  3. GDWine :

    Il y a pire que les certitudes : les a priori, du style « je n’aime pas le vin blanc » ou « je n’aime pas le Bordeaux ». Comme toujours, la vérité est dans le verre. C’est souvent lorsque je sors de ma zone de confort que j’ai les meilleurs surprises !

  4. Eva ROBINEAU :

    La vérité est dans le verre, on devrait le marquer à l’entrée de chaque dégustation !

  5. Jérôme - Amicalement vin :

    Tout à fait d’accord avec ton article Eva, on ne goute pas un vin… on ne goute qu’une bouteille… enfin des fois plusieurs :-) , mais rien qui suffit à avoir un avis définitif sur une cuvée ou un vigneron. Et puis n’oublions pas l’effet millésime, très présent dans les vins qu’on aime. Moi j’ai jamais accroché avec les Alsaces de Patrick Meyer, mais dernièrement un Gewurtz Heissenberg 2008 m’a totalment scotché. Petite précision, pour Rose à lies la différence vient du dégorgement (par du débourbage, ça il le font tous les ans ;-) ). Avant Lise et Bertrand laissaient les lies de la fin de fermentation en bouteille (d’où le nom). Mais depuis 2011 non ! Du coup ça gagne en finesse, en fraicheur et surtout en précision.

  6. Eva ROBINEAU :

    Merci pour la précision Jérôme, ça m’apprendra à boire et écouter en même temps hihihi :) Et d’ailleurs en parlant de ça, comme aujourd’hui c’est quand même bien l’été, je m’ouvrirais bien une bouteille de Rose à lies ! ;-)

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