Vins naturels, je vous aime. Des fois.

Posté par Eva ROBINEAU, le 15 janvier 2013

De polémique en polémique, le vin naturel ne laisse pas indifférent, tant au niveau du goût que du concept et des idées. Parmi les « spécialistes », on est pour ou contre, on débat avec des arguments plus ou moins valables. C’est bien d’avoir des idées différentes, hein, ça permet de débattre, mais lire des conneries, c’est fatiguant.

Sans rentrer dans une énième polémique stérile nombriliste à souhait, je vais vous expliquer mon expérience et point de vue sur les vins naturels, que j’aime, des fois.

Désolée par avance de la taille « roman » de ce qui va suivre.

L'Amitié Rit - Montreuil - OENOS

Nature, naturels, naturiste ?

La Nature, avec un grand N, est quelque chose de beau, de magnifique, qu’on ne respecte pas assez. Quelque chose que l’on devrait prendre le temps d’observer et d’écouter plus souvent.

Pour comprendre ce qui se cache derrière la notion de vins naturels, prenons la définition d’un vin naturel par l’AVN (Association des Vins Naturels)

« La pratique culturale respecte obligatoirement la démarche de l’agriculteur biologique ou bio-dynamique.
Les vendanges sont manuelles.
Seules les levures indigènes dirigent la vinification.
Il n’y a pas de modification volontaire de la constitution originelle du raisin et donc pas de recours à des techniques physiques brutales et traumatisantes (osmose inverse, filtration tangentielle, flash pasteurisation, thermovinification, etc.…).
Aucun intrant n’est ajouté, le soufre demeurant l’exception. Un vin AVN contiendra donc pas ou peu de sulfites ajoutés, à raison de (dose de soufre total après mise en bouteilles) :
– pour les rouges et effervescents : 0 (ou traces naturelles) à 30 mg/l maximum (150 mg/l autorisés en UE),
– pour les blancs : 0 (ou traces naturelles) à 40 mg/l maximum (200 à 400 mg/l autorisés en UE),
et ce, quelle que soit la teneur en sucres résiduels. »

Donc tenons-nous en à cette définition. Que l’on soit bien d’accord, quand on parle de vins naturels, on ne parle pas exclusivement de vins sans soufre.

Le naturiste peut boire du vin naturel dans la nature. Mais pour consommer du vin naturel, il ne faut pas obligatoirement être naturiste, même si c’est conseillé d’aimer la nature.

Le vin naturel, marginal?

Le vin naturel serait un phénomène marginal, comme certains aimeraient croire ou laisser croire, il ne susciterait pas autant de débats enflammés, de prises de position à son encontre douteuses et approximatives, voire démagogiques. Non, il y a quelque chose dans le vin naturel qui dérange, démange, titille incontestablement.

Juste pour parler de ma propre expérience, le vin nature n’a pas été quelque chose d’inné. D’autant plus quand notre palais s’est habitué à un certain type de vins, bordelais tanniques bois de chêne vanillés, saumur champigny rustres bien trop boisés, Languedoc planche de bois trempés dans l’alcool… Quand on goûte un vin naturel pour la première fois, peu importe le vin, cela ne laisse pas indifférent. Ça bouscule. Ça bouscule les goûts, les références, ça montre autre chose, une autre palette de goûts, une autre variété de saveurs jusqu’alors inconnues. J’insiste sur le « inconnues », car c’est vraiment nouveau et comme toute nouveauté, ça déroute. Et ça dérange les idées patapouf bien établies.

Et puis quelque chose nous pousse à y revenir quand même. Sans doute par esprit aventurier un peu, par curiosité, pour voir quand même plus en profondeur ce que c’est et, parce que quand même, vous sentez qu’il y’a quelque chose. Vous ne savez pas pas quoi, mais il y a quelque chose.

Et là, vous tombez sur des merveilles. Des pépites, qui vous éblouissent tantôt par leur pureté, tantôt par leur gourmandise et leur accessibilité. J’ai découvert ces notions grâce au vin nature. La pureté d’un Noëls de Montbenault de Leroy ou d’une Pierre Précieuse d’Alexandre Bain est nouvelle et éclatante, la gourmandise d’un Grand Largue d’une Petite Baigneuse ou d’un vin de Kav de Karim Vionnet vous emporte la bouche et comble votre gourmandise, vous êtes épatés et vous vous prenez une bonne claque en pleine figure. C’est con hein, mais quand on aime un vin pour de vrai, c’est une évidence. On ne se pose pas de question. On aime et pis c’est tout.

Car oui, les vins naturels bousculent notre référentiel, nos souvenirs peu marquants de vins qui ne l’étaient pas plus. Et oui, ils sont facilement accessibles, par n’importe quelle personne avec un minimum d’esprit d’ouverture, et d’esprit tout court. Ils ne sont pas réservés à une élite, à des bobos parisiens en manque de sensations. Tout le monde peut goûter et apprécier et j’en témoigne, pour avoir fait goûter des vins naturels à des personnes très différentes, d’âge, de milieu et de goûts différents. Parce que tous les vins aussi ne se ressemblent pas.

Le vin naturel n’existe pas, LES vins naturels oui.

Je n’aime pas un vin sous prétexte qu’il est naturel, je l’aime parce qu’il est bon. Point.

Je ne dis pas qu’il ne faut boire QUE du vin naturel. Je dis qu’on doit y goûter, AU MÊME TITRE que tout autre vin, ça reste du vin hein.

Je bois un peu de tout, avec une préférence pour des vins faits par des vignerons qui respectent la nature, le raisin, le consommateur, parce que ces vins ont quelque chose en plus, une personnalité, de l’émotion, du souvenir.

Et parmi ces vins que je bois avec plaisir, des vins naturels. Et il y a des vins naturels que je n’aime mais alors pas du tout. Et après tout c’est bien normal, il y a tant de diversité dans ce que les vignerons font. Parce que oui, quand même, chose importante, les vins naturels sont faits par des femmes et des hommes avec leurs tripes, leurs convictions, leur travail tout au long de l’année dans les vignes. Mais aussi leur personnalité. Alors, forcément, d’un vigneron à l’autre, vous n’aurez pas les mêmes vins, car ils n’auront pas les mêmes terroirs, pas les mêmes cépages, mais aussi pas fait les mêmes choix au niveau de la culture de la vigne, de la vinification… Le vin sera le reflet de la personnalité du vigneron, du terroir sur lequel les raisins auront grandi et du millésime qu’il aura affronté.

Alors comment peut-on mettre dans le même sac TOUS les vins naturels? Il n’en existe pas qu’un seul type de vin naturel, bordel, car ça, ça s’appelle du Coca-Cola.

Non, il y a autant de vins naturels qu’il y a des vignerons, qu’il y a des terroirs, de parcelles par vigneron, il y en a plein et ne se ressemblent pas. La diversité permet de trouver son bonheur, de se régaler avec ce que l’on aime. Et non pas ce qu’on nous dit d’aimer. Alors il ne faut pas s’arrêter à une mauvaise expérience, le vin n’était peut-être pas dans un bon jour et si ça se trouve, vous non plus, et peut-être même qu’en regoûtant un vin, vous serez surpris. Et quand bien même vous n’adhéreriez à aucun vin naturel après mille et un tests, vous avez tout à fait le droit de ne pas aimer. Mais en aucun cas de les dénigrer.

Comme dirait le sage Olif : « Le discernement, c’est aussi de ne pas rejeter en bloc le vin nature sous prétexte qu’il y en a qui ne sont pas bons. »

Comment s’y repérer ?

Et à ceux qui sont déroutés par les vins qui ne correspondent pas aux caractéristiques de l’AOC apposée sur l’étiquette, qu’ils se rassurent, il y a un moyen infaillible pour ne pas se tromper : le caviste.

Le caviste possède un avantage certain : il connait ses vins, et selon vos goûts, il saura vous conseiller. Le caviste hein, pas le monsieur qui tient le Nicolas juste en bas de chez vous. Il y en a forcément un près de chez vous (tiens faut d’ailleurs que je vous parle d’une super cave près de chez moi), alors  Ne restez pas assis sur vos préjugés, faites lui un peu confiance. Et s’il ne vous conseille pas des choses qui vous plaisent, changez-en ! Vous trouverez forcément votre petit-caviste-à-vous-préféré, il semblerait qu’il y ait toute une liste de très bonnes adresses dans un futur best-seller qui va tout déchirer.

Et pour compléter votre lecture sur les vins naturels, vous pouvez jeter un coup d’oeil (entre autres) chez No Wine Is Innocent, chez Sandrine-Pinardothek sur les idées reçues sur le vin nature, le témoignage de Bruno Perraud.

Bref, c’est quoi la conclusion de tout ça? C’est une belle connerie de mettre les vins naturels dans le même sac et d’en tirer des généralités grossières. C’est un peu comme les cons. Il n’existe pas un type de con sur lequel on pourrait généraliser, non, non, il existe toute une diversité de cons, avec leurs propres caractéristiques, leur propre manière de faire chier et d’emmerder. Donc, soyons un peu plus intelligents, restons ouverts, ne nous laissons pas dicter notre conduite, sachons apprécier ce que les vignerons ont à nous offrir, en n’ayant confiance qu’en une chose : notre propre plaisir.

Alors voilà, c’est fini, j’ai sans doute parlé dans le vent, pour pas grand chose, j’espère ne pas relancer une énième controverse stérile, mais je voulais juste vous faire partager mon expérience, mon avis. Faites-en ce que vous voulez. C’est tout.

Pour l’instant.

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5 Commentaires pour l'article “Vins naturels, je vous aime. Des fois.”

  1. olif :

    « Quand le sage pointe le vin nature du doigt, le con regarde le doigt. »
    Fucius

  2. Carl :

    Pour s’y repérer, il existe aussi des amateurs qui organisent des salons en essayant de se tenir à des critères inspirés de l’AVN. A titre d’exemple, le salon A la rencontre des vins naturels de Grenoble affiche clairement sa charte : http://www.alarencontredesvinsnaturels.fr/category/Salon-2012/Notre-Charte . De tels salons sont autant d’occasion de rencontrer des vignerons et de mieux comprendre ces vins.

  3. Gérard G. :

    « « Je n’aime pas un vin sous prétexte qu’il est naturel, je l’aime parce qu’il est bon. Point. » »……

    Bien sûr, je dirais même « Je n’aime pas un vin sous prétexte qu’il est Français, Italien ou de tout autre Pays ; je n’aime pas un vin sous prétexte qu’il est fait par une femme, un homme ou par un couple ; je n’aime pas un vin sous prétexte que son étiquette est drôle, belle ou originale ; je n’aime pas un vin sous prétexte que mon meilleur ami, ma prof d’oeno ou mon couturier l’aime bien ; je n’aime pas un vin sous prétexte qu’il est bon marché, qu’il est cher, ou parce que c’est un cadeau reçu ; et bien sûr, je n’aime pas un vin sous prétexte qu’il soit naturel, surnaturel ou simplement « « traditionnel » » !

    Comme Eva, j’aime un vin parce qu’il est bon (pour moi !) et qu’il me procure du plaisir.
    Ou je rejoins à tout point Eva, c’est sur l’ouverture d’esprit que devrait avoir tout amateur de vin, et de ne pas avoir de jugement à l’emporte-pièce.

    Je regrette autant ceux qui dénigre systématiquement les vins naturels que ceux qui démolissent les vins traditionnels ! Le pire est d’attaquer, de démolir l’un pour défendre l’autre. C’est ainsi que le vin Français perds bien de sa grandeur !
    Autant j’engueule ceux et celles qui clament que tous les vins naturels puent et goûtent l’écurie ; autant je suis furieux aussi sur ceux qui ne savent promouvoir leurs vins natures qu’en définissant les autres vins de chimiques, d’industriels, voire de toxiques !!! La mode de l’expression « vin vivant », m’exaspère aussi au plus haut point !! Vous me voyez, sur mon catalogue de la soixantaine de vignerons que nous défendons, faire deux catégories : * les vins vivants / * les vins morts !!!!!

    C’est fou !

    Avec 25 ans « d’ancienneté » dans le monde du vin, j’ai connu des domaines « traditionnels » qui sont passés « naturels », avec de gros soucis de départ, des reprises de fermentations qui faisaient exploser les bouchons, des reprises par centaines bouteilles chez les clients ; non, vraiment, il était bien plus difficile à l’époque de défendre ces « nouveaux » vins natures.
    J’aime beaucoup quand aujourd’hui, un vigneron en bio du sud de la France, me dit combien il a facile d’être en bio, par rapport à son ami vigneron Champenois. J’aime beaucoup visiter et boire les vins du Domaine Longère en Beaujolais (Le Perréon), qui n’est PAS déclaré « naturel » ! Pourtant je sais à quel point ce sont des amoureux et des défenseurs de la nature, des plantes et des fleurs (notamment celles entre ses rangs de vignes). Ils travaillent sans cesse à la recherche de méthodes douces pour la défense des vignes ; ils ont une éthique, une responsabilité importante pour les générations futures ! Je vous le dis, Régine & Jean-Luc Longère sont très loin de faire des vins « morts », et quiconque dans les « pro-natures » sortiraient de leur Domaine avec un grand respect pour leur boulot et une belle satisfaction des cuvées dégustées.

    Tout n’est pas toujours blanc ou noir !

    Franchement, s’il existe encore une petite guéguerre entre les « naturels » et les « autres », mon attente est qu’elle s’arrête bien vite, elle ne peut faire que du tort à l’ensemble de la viticulture.

  4. Grüner Antoine :

    Quand je lis ton texte et que je lis chez Nicolas de Rouyn que nous sommes de ceux qui insultes, je me dis que la lumière est dans nos Caves :)
    Merci encore pour les Cavistes ! :) Ils sont un patrimoine à défendre !

  5. Laure :

    Toujours cette même guerre qui fait que tu « ne peux » discuter de vin avec tout le monde, selon la chapelle que tu défends. Et que tu n’es pas « In », si tu ne suis pas telle ou telle tendance de vin.
    Vins naturels d’hier ou marginaux de la viticulture, vins naturels d’aujourd’hui ou tendance fashion des bobos parisiens, … et demain du coup ?

    Oui, Eva, je vote pour toi ! Et surtout pour des vins de personnalités, des jus qui font vibrer. Ceux dont on se souvient exactement, cette émotion qui même des années après donne le sourire. Ceux qu’on est capable de dater : où, avec qui, pourquoi cette quille, etc…. Parce que c’est là la plus belle utilité du vin : le partage, le plaisir et une histoire. Parce que le jour où j’ai eu la chance de goûter des vieux Bordeaux hors de prix, j’ai été transportée. Parce que la première fois que j’ai goûté Pfifferling, j’ai cru que j’allais mourir de plaisir. Parce des vins d’ailleurs dont on ne connait ni le cépage, ni la ville, ni le vigneron, peuvent aussi être de sacrés voyages initiatiques.

    Parce que c’est fatiguant de devoir se justifier en permanence sur les envies de découvertes, de curiosités et de changement radical de genre en fonction de son humeur. « Quoi tu veux goûter ça ???? Mais c’est pas « naaaatuuuure » ?
    Ou au contraire.. Mais c’est dé-gueu-laaaasse ton petit jus fermenté. C’est tellement plein de défauts qu’on ne peut pas appeller çaaa du viin !

    Allez-y les intégristes de « grands » vins ou de vins « naturels », ou bien juste les Gossip Wines de la toile,et occupez votre temps comme bon vous semble. Mais surtout, laissez nous boire ce qu’on veut. Et en paix.

    Merci Eva pour cet article coup de gueule, c’est vrai que ça fait du bien !

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