Calendrier de l’Avin 2016 – Jour 13

Posté par Eva ROBINEAU, le 13 décembre 2016

On accueille un petit nouveau cette année dans le Calendrier de l’Avin, Nicolas ! Et direction la Sologne et la famille Courtois, avec une quille qui nous met le vin à la bouche… 

Julien Courtois

J’ai toujours aimé les pays imaginaires, les zones non délimitées par les cahiers des charges, les contrées qui laissent la place à quelques aventures rêvées, ou vécues. Je préfère qu’on me parle des Mauges, de l’Anjou, ou des  Marches de Bretagne, plutôt que du Maine-et-Loire : l’administratif, c’est pas mon truc (*). Bien sûr, être rêveur représente un risque : un risque d’imprécision (volontaire mais aussi salvateur !) – vous me verrez donc désolé par avance si mes propos ne correspondent pas fidèlement à la région et au vin que je m’apprête à vous présenter.

La Sologne. La dernière fois que j’y ai mis les pieds – soyons francs – j’y ai laissé une partie de ma santé (momentanément). Revoir de vieux copains, passer à la maison des vins de Cheverny, faire son stock de romorantin (chez Laura Semeria, merci Maxime), longer les forêts solognotes avec ma Corsa, rentrer à la loc’ se raconter des histoires, revivre ces milles anecdotes qui font un groupe, trinquer, porter un toast, entendre au loin des coups de feu (véridique), puis ne plus vraiment les entendre, rentrer, nous-sommes-fin-septembre-il-fait-froid, des bruits de tire-bouchons [rouge] [--blanc --] (((réveil))) début d’une autre histoire (et je remercie ma femme, sans qui je ne serais pas là pour ….la raconter). Et puis pendant l’année qui a suivi ces retrouvailles pour le moins sportives, j’ai tout simplement oublié la Sologne. Elle ne m’est jamais revenue à l’esprit, alors que mon doigt parcourt régulièrement les atlas à la recherche de nouveaux territoires. Amnésie post-commotionnelle ?  Revanche sournoise de l’ANPAA au cours d’une implant party ? Je fus littéralement pris en flagrant déni de Sologne.

Jusqu’au soir où je tombe sur cette bouteille de Julien Courtois chez un caviste tourangeau (L’hédoniste, Jackie Serre pour ne pas le citer). Le patron a un large et bon choix (Elian da Ros est toujours un bon indicateur), et puis il m’est conseillé par Eva, alors je suis – comment dire ?- en totale confiance, paré à toutes éventualités. Ceci étant, c’est sur cette bouteille et pas une autre que mon regard se fixe intensément : « c’est un vigneron de Sologne ». Que s’est-il passé ? Me suis-je laissé envoûter par les dessins maoris (**) pour retrouver cette mystique d’ « ombres et de flammes » ? Possible. Quoiqu’il en soit, je me devais d’en  savoir plus sur ce vigneron pour essayer  de donner du sens à cet accident que signifiait le retour de la Sologne dans ma vie débridée.

C’est donc sur 4,5 hectares que Julien, fils de Claude, cultive une vigne où se mêlent 7 cépages différents. La cuvée qui m’a interpellée, Eléments,  est en l’occurrence un mono-cépage de Chaudenay, de la famille du gamay, en plus rustique. En effet, pas grand-chose à voir avec les vins de soif légers qu’on peut apprécier un peu partout, Eléments est une cuvée qui s’attend (ici on parle d’un millésime 2011), structurée, un brin épicée, et sa robe pourpre foncée rappelle qu’il s’agit d’un cépage teinturier. Et pourtant ! J’y ai trouvé une certaine noblesse, une présence animale mais racée, et pour filer la métaphore cynégétique, je dirai que ce vin m’évoque depuis un cerf au moment du brame.  Il crie «  Que C’est Bon ! » (ou plutôt que ça va être bon)  mais ce n’est pas un plaisir solitaire : avec ma chérie nous étions en pleine exploration… des accords vins-ciné, devant un film plein d’énergie et d’utopie , Belgica  (au passage ils  n’y vont pas de main morte en Belgique non plus). Bref, j’étais assez loin de la soirée entre potes, mais j’ai découvert ce soir-là, par procuration, un autre visage de la Sologne. Une Sologne belge. Une Sologne néo-zélandaise. Une Sologne imaginaire. Et j’y reviendrai, avec ou sans modération, avec ou sans cri de joie.

(*) Il faut lire le Bocage de Jacques Berthomeau dans « Ne sortez pas vos mouchoirs de Cholet » :

 

(**) Etiquettes dessinées par la compagne de Julien, Heidi Kuka, et son talent façonne véritablement les cuvées du domaine (n’oubliez pas « les caractéristiques intrinsèques » dit le marketer, et la beauté du design par-dessus-tout !).

 etmoi

Nicolas

Vous pouvez laisser un commentaire.

Commenter